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Surfeur ou oiseau de nuit? Seule l'envolée comptait.
VINCENT MURITH
A Moléson, les gentlemen surfeurs
avaient rendez-vous avec la lune
Snowboard · A grand renfort
de décibels et d'adrénaline, les participants
au «concours-démo» de la station gruérienne ont
flirté avec l'écume de la gravité.
pascal dupasquier
Un tremplin juché à
douze mètres. Une sono d'enfer. Des surfeurs un
brin déjantés qui s'envolent à trois ou quatre
mètres de haut dans des figures toutes plus folles
les unes que les autres... Les quelque 400 curieux
présents samedi sur la place de parc de Moléson-Village
ont consenti à un petit inventaire à la Prévert.
En un mot comme en cent, le «concours-démo» du
club Subdued Moléson fut spectaculaire et enthousiasmant.
Il a mis en lumière le monde un brin underground
du snowboard.
Quoi de plus surprenant, en
effet, que de voir une trentaine de jeunes concurrents
défier les lois de la gravité. De sexe masculin
et âgés de seize ans révolus (les filles et les
juniors n'étaient pas conviés), ces gentlemen
surfeurs ne ressemblent en rien à l'image d'Epinal
que l'on se fait du «rider» classique. Mais une
fois posés sur le plancher des vaches, les oiseaux
de nuit redeviennent terriblement humains. Entre
deux sauts, il n'était d'ailleurs pas rare de
les voir plaisanter dans l'aire de repos avec
une bière et une clope à la main.
Surfeur mais pas coureur
On l'a compris, le snowboard
est le sport fun dans toute l'acception du terme.
Il prévaut par son côté émancipé, son envie de
s'éclater au grand air. Raison pour laquelle,
peut-être, il n'a pas creusé son trou parmi les
disciplines les plus médiatisées.
Certes, il appartient à la grande famille des
Jeux olympiques. Certes, une Coupe du monde est
organisée depuis de nombreux hivers, mais le surfeur
lambda a-t-il vraiment l'âme du compétiteur? Président
du clud Subdued Moléson et organisateur du contest
de samedi, Marc Frossard ne le croit pas vraiment:
«Le problème est que le snowboarder n'est pas
forcément axé sur la compétition. Il aime les
concours événements, mais pas avec un classement
général», expose-t-il. «Cela explique pourquoi
la Coupe fribourgeoise stagne un peu. Il n'est
d'ailleurs pas rare de voir un concurrent encore
en lice pour la victoire finale faire l'impasse
sur la dernière manche. Il préfère aller s'éclater
dans un endroit où il y a de la poudreuse.»
Le Gruérien tempère néanmoins son affirmation
par les mauvaises conditions de l'hiver 2001:
«Le peu de neige de l'an dernier est une autre
explication à cette stagnation», relève-t-il.
«Seule la moitié des épreuves a pu avoir lieu.
Dès lors, les gens ont été démotivés.»
La diversité des disciplines est également sujette
à caution: «L'idéal serait d'avoir quatre Coupes
fribourgeoises, une par discipline», souligne
Marc Frossard. «Mais avec une participation moyenne
de 40 à 50 concurrents, il n'y a pas suffisamment
de monde pour cela. D'un autre côté, la Coupe
fribourgeoise telle qu'elle est aujourd'hui consacre
un snowboarder complet. Ce n'est pas une mauvaise
chose.»
Pas de half-pipe
Huit manches figurent cette
saison au programme de la Coupe. Elles sont réparties
entre le très populaire boardercross, le saut
(gap), un concours d'obstacles, un slalom parallèle
et un géant. Seul le half-pipe manque à l'appel:
«Pour moi, le half-pipe reste la discipline la
plus belle et la plus impressionnante», poursuit
le président de Subdued. «Le gros problème se
situe sur le plan de la construction. Cela demande
trop de travail et de neige. D'ailleurs, seule
la Coupe du monde peut se permettre de pareilles
infrastructures. Même pour la Coupe de Suisse,
c'est difficile.»
Le big air a le vent en poupe
Dans ce contexte, le big air
(concours de saut comme samedi à Moléson) est
le meilleur des compromis: «C'est une façon plus
facile d'aborder le snowboard», convient Marc
Frossard. «Même si cela requiert des investissements,
il y a moins d'infrastructures. On peut ainsi
en organiser dans les grandes villes comme Paris,
Zurich, Londres ou à Innsbruck dans un stade plein
à craquer. C'est le sport spectacle par excellence.»
Le slalom et le parallèle sont quant à eux moins
attractifs: «Bien que les choses aient évolué
et que les surfeurs parviennent à tirer de bonnes
cour- bes, le slalom n'est pas très spectaculaire.
C'est trop proche du ski», avoue Marc Frossard.
«Personnellement, je trouve presque dommage qu'il
soit discipline olympique. Le boardercross aurait
davantage d'attrait à mon avis» conclut-il. PAD
Les résultats
Concours amateurs, comptant
pour la Coupe fribourgeoise: 1. Grégory Blajev
(Broc) 40 points; 2. Simon Gremaud (Bulle) 35;
3. Nicolas Hugenot (Riaz), tous qualifiés pour
le contest du soir. 11 classés.
Concours-démo «pros»: 1. Thomas Brunner
(La Tour-de-Peilz) 49 points; 2. Laurent Berthoud
(Châtel) 48; 3. Fabien Baudin (Mies) 47,5; 4.
Ludovic Despond (Lausanne) 43,5; 5. Fredo Yoggi (Champéry)
et Stéphane De Jacomi (Champéry) 43; 7. Simon
Gremaud 41; 8. Christian Brändli (Riaz) 40,5;
9. Jules Reymond (La Tour-de-Peilz) 40; 10. Stéphane
Geinoz (La Tour-de-Trême) et Remy De Sinner (Bulle)
37. 25 classés.
Une petite fille blessée
La fête s'est terminée
en queue de poisson. Alors que les surfeurs commençaient
leur 4e et dernier passage sur la rampe de 12
mètres, l'accident que d'aucuns craignaient est
survenu. Un concurrent valaisan a achevé sa course
parmi le public trop avancé. Une petite fille
d'une dizaine d'années s'est retrouvée fauchée
par le sauteur qui n'avait rien à se repocher.
Plus de peur que de mal heureusement. Evacuée
par ambulance, la jeune accidentée s'en est tirée
avec trois points de suture. Toutefois, les conséquences
auraient pu être dramatiques. Les organisateurs
portent bien sûr une part de responsabilités dans
cette affaire, puisqu'ils n'ont pas prévu ce que
Marc Frossard pensait «imprévisible.» La faute
incombe aussi au public. Dans son enthousiasme,
il a fait fi des injonctions répétées des speakers
le priant de reculer aux abords de la piste. Le
concours a été aussitôt arrêté: «Il y a une certaine
fatalité dans cet accident», soupire Marc Frossard.
«Comme pour chaque pépin de ce genre, c'est stupide.
On va en tirer les conséquences, car il y aura
certainement une nouvelle édition l'an prochain.»
PAD
Laurent Berthoud roule pour le
fun
Petit par la taille,
mais grand par les sauts: ainsi pourrait-on définir
Laurent Berthoud. Epoustouflant par ses figures,
le Châtelois a décroché un chèque de 500 francs,
prix remis pour sa deuxième place derrière le
Vaudois Thomas Brunner.
A le voir ainsi modeste et
sympa, Laurent Berthoud n'a rien d'un extraterrestre.
A 23 ans, il n'échafaude aucun plan sur la comète
snowboard. «J'ai effectué deux apprentissages,
l'un de géomètre et l'autre en génie-civil», lance-t-il
en guise de présentation. «Je travaille actuellement
à Châtel. Alors, dès que je peux, je vais surfer
aux Paccots.»
Sponsorisé, entre autres, par un magasin de surf
et une marque de planche, le Veveysan bénéficie
d'une petite manne qui lui permet de mettre un
peu de beurre dans ses épinards: «Je reçois le
matériel pour l'hiver.» Il précise néanmoins que
le plaisir est son seul moteur. «Je fais des concours
uniquement dans ce but et pour l'ambiance.»
Côté entraînement, Laurent Berthoud est du genre
autodidacte. «Cela ne se passe pas comme dans
les autres sports», soulève-t-il. «Il n'y a pas
d'entraînements fixes. A Châtel, nous sommes une
bande de copains. Quand il n'y a pas de concours,
nous nous retrouvons aux Paccots pour «rider».
Nous construisons un saut et nous essayons des
figures. L'idéal, c'est quand il y a de la poudreuse.
Il y a moins de risques de se faire mal.»
Sur le plan des compétitions, l'homme avoue son
penchant pour le freestyle: «En fait, tout ce
qui est saut et boardercross m'attire. Par contre,
le slalom, ce n'est pas trop mon truc.»
Côté blessures, Laurent Berthoud touche du bois.
Elles l'ont épargné jusqu'à présent: «Juste une
fois, j'ai eu une vertèbre tassée. Par bonheur,
je ne me suis jamais rien cassé. Les blessures,
ça existe. Mais pas plus qu'ailleurs.»
Comme beaucoup, il ne portait pas de casque à
Moléson: «De plus en plus le mettent», reconnaît-il
pourtant. «Il y a également des protections dorsales.
Mais pour l'instant, je n'en utilise pas. Quant
au casque, je l'ai toujours avec moi. Si je ne
sens pas la chose, je le mets. Sinon, je fais
sans. Avec l'expérience, on apprend à tomber.» PAD
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